samedi 7 avril 2012

Suite de la visite

L'objet de mon voyage à Paris était l'exposition sur Artemisia au musée Maillol comme je l'ai expliqué dans mon post du dimanche 1er avril.
Récapitulatif ici:
En attendant l'heure de mon billet coupe-file de 14h, nous avons préféré nous ménager en faisant une balade sur la Seine en bateau-mouche...
D'accord, ça fait très touristes japonais mais il y avait peu de monde à cette heure matinale et cela permet d'avoir une vue d'ensemble (et reposante!) sur les bâtiments des quais, un angle de vision privilégié pour les photos.

















Ensuite nous nous sommes rendus au musée Maillol pour l'exposition Artemisia qui m'a enchantée.
Beaucoup de tableaux rassemblés, de collections particulières pour la plupart, donc rarement exposés.

A l'étage, les salles des collections permanentes dédiées à Maillol.

La création du Musée Maillol est l'aboutissement d'une vie consacrée à l'Art
C'est à l'âge de 15 ans que Dina Vierny fait la connaissance de Maillol, qui découvre alors celle dont on lui a dit qu'elle ressemblait à son oeuvre.


Cette rencontre entre un modèle et son art va stimuler profondément sa capacité créatrice : Maillol a trouvé la figure qu'il avait en lui, celle dont il a besoin pour créer et qui lui permet de continuer son oeuvre, fondée sur la beauté du corps. Leur collaboration sera très fertile et va durer dix ans. Maillol prend Dina comme modèle des dessins à partir desquels il conçoit sa sculpture. 
Des oeuvres telles que "la Montagne", "l'Air", "la Rivière", mais aussi des statuettes comme " Dina à la natte" ou des peintures, pastels et dessins naissent de cette confrontation entre la perfection d'un corps et la maturité d'un talent.



Dina Vierny posera aussi pour certains des plus chers amis de Maillol : Matisse, qui voulait refaire une moderne Olympia, Bonnard, qui fit le "Grand Nu sombre", et Dufy, qui exécute toute une série de dessins d'après elle.
Avec la guerre, Maillol se retire dans son atelier, isolé dans la montagne, et travaille, avec Dina bien sûr, à son oeuvre ultime : "Harmonie".

Cette dernière sculpture restera inachevée puisque Maillol meurt en 1944, à la suite d'un accident de voiture. Il faudra attendre vingt ans avant qu'il ait des funérailles nationales.
Après la donation des sculptures de Maillol installées dans les jardins des Tuileries sous l'autorité d'André Malraux en 1964, et réimplantées depuis peu dans le jardin du Carrousel pour s'harmoniser avec la nouvelle perspective des jardins, Dina Vierny prit la décision de créer sa Fondation pour rendre publique toute l'oeuvre d'Aristide Maillol. Elle atteindra son but : la création du musée Maillol, partie essentielle de sa vie.

Enfin, dernière partie de la visite: Une petite exposition dédiée à Séraphine Louis dont j'avais déjà parlé ici:

http://christianemoreau.blogspot.com/2008/10/sraphine-louis-camille-claudel.html

 A la suite à la sortie du film Séraphine incarnée par Yolande Moreau.






Née dans le village d’Arsy d’un père horloger, Séraphine aspirait à la vie religieuse. Elle resta de 1882 à 1902 au couvent des Soeurs de Saint-Joseph à Senlis. Employée comme femme de ménage, elle fit ses premières peintures en 1906 et rencontre Wilhelm Uhde en 1912, un collectionneur allemand qui achète tous ses tableaux. Séraphine mourra tragiquement de faim, abandonnée de tous à l'asile psychiatrique



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Le soir, un petit détour par les Galeries Lafayette, non pour de frivoles achats mais pour admirer ce qui reste du magnifique décor art nouveau, notamment, la coupole de verre coloré.





Une plongée dans l'univers d'Emile Zola et son Bonheur des Dames...
 
L'opéra Garnier vu du toit du magasin.

Et pour finir cette journée, petit repas au quartier latin, rue de la Huchette.

Retour de Paris

Comme je l'avais supposé, le séjour à Paris ne m'a laissé aucun instant de répit pour publier. L'ordinateur est resté désespérément dans sa housse...
Beaucoup de choses à voir et le soir, tellement épuisée par la marche et les escaliers de métro que je n'avais qu'une envie, le lit!

Pourtant, ce séjour a été très agréable avec un temps parfait pour visiter; soleil et fraîcheur.

Nous étions hébergés dans une jolie petite maison du XXème arrondissement. Bien que je sois allée souvent à Paris, je ne connaissais pas du tout ce quartier, populaire et animé.
A deux pas de la place de la Nation avec son monument à la république.




"La petite maison de Paris" était située dans l'impasse Poule, tranquille et champêtre, nous y étions réveillés par des chants d'oiseaux qui faisaient leur nid dans les plantes de la petite cour intérieure.
















Après avoir déposé nos bagages, nous avons pris le métro jusqu'à la place du colonel Fabien pour une longue promenade pittoresque le long du canal Saint-Martin.


Creusé sous la restauration pour relier le canal de l'Ourcq à la Seine, il étire ses bassins vieillots sur 4,5 km avec son plan d'eau parfois plus élevé que la chaussée, ses passerelles ses 9 écluses et ses rangées d'arbres, il compose un paysage charmant.



Ses ponts tournants pour laisser successivement passer bateaux...


... ou voitures et vélos





Et bien sûr l'Hôtel du Nord, là où Marcel Carné tourna ce film inoubliable en 1938 avec Louis Jouvet et Arletty et sa célèbre réplique "atmosphère..."
70 ans plus tard, les arbres ont bien grandi!







Je vous raconterai la suite demain...

lundi 2 avril 2012

Sous le ciel de Paris

Je prépare mon départ pour Paris.
J'avais envie de voir l'exposition d'Artemisia dont je vous parlais hier...
J'ai rassemblé mes carnets de croquis et aquarelles, c'est désormais une tradition, sans vraiment savoir si j'aurai le temps, le courage ou la force de barbouiller après avoir arpenté les trottoirs de cette ville que j'aime.


On verra...

Je n'abandonne mes deux petits "chachats" que pour quelques jours et d'ailleurs, ils ne sont pas du tout abandonnés car comme d'habitude, un ami vient auprès d'eux durant mon absence, veiller sur eux, sur la maison et le jardin.
Je m'en vais tranquille... Ils sont en de bonnes mains.



dimanche 1 avril 2012

Artemisia

Artemisia Gentileschi (née le 8 juillet 1593 à Rome, morte à Naples vers 1652) est une peintre italienne de l'école caravagesque.
A l'aube du XVIIe siècle, quand les femmes étaient mineures à vie, Artemisia Gentileschi a brisé toutes les lois de la société en n'appartenant qu'à son art. En quête de sa propre gloire et de sa liberté, elle a travaillé pour des princes et des cardinaux, gagné sa vie à la force de son pinceau, et construit son oeuvre, inlassablement. Comme le Caravage, il a fallu attendre plus de trois siècles pour qu'elle soit à nouveau reconnue et universellement appréciée.




Vivant dans la première moitié du XVIIe siècle, elle reprend de son père Orazio la limpide rigueur du dessin en lui rajoutant une forte accentuation dramatique héritée de l'œuvre du Caravage et chargée d'effets théâtraux. Cette stylistique contribua à la diffusion du caravagisme à Naples, ville dans laquelle elle s'installe en 1630.



Elle devient un peintre de cour à succès, sous le patronage des Médicis et de Charles Ier d'Angleterre.

Remarquablement douée et aujourd'hui considérée comme l'un des premiers peintres baroques, l'un des plus accomplis de sa génération, elle s'impose par son art à une époque où les femmes peintres ne sont pas facilement acceptées. Elle est également la première femme à peindre l'histoire et la religion à une époque où ces thèmes héroïques sont considérés comme hors de portée d'un esprit féminin. Elle nous a laissé d'elle un autoportrait d'une grande vigueur qui dénote une maîtrise consommée de son art et de l'art.




On attribue à son viol et au procès humiliant qui s'ensuivit certains traits de son œuvre, l'obscurité et la violence graphique qui s'y déploient, en particulier dans le tableau célèbre qui montre Judith décapitant froidement Holopherne. Ses peintures expriment souvent le point de vue féminin.



Artemisia Gentileschi est née à Rome le 8 juillet 1593, elle est la première enfant du peintre maniériste toscan, Orazio Gentileschi (1563-1639), représentant de tout premier plan du caravagisme romain. Artemisia fait son apprentissage artistique dans l'atelier paternel, aux côtés de ses frères et démontre par rapport à eux un talent bien plus élevé, apprenant le dessin, la manière de mélanger les couleurs et de donner du brillant aux tableaux.
La première œuvre attribuée à Artemisia, qu'elle signe dès l'âge de 17 ans (sûrement aidée par son père, déterminé à faire connaître ses dons artistiques précoces), est sa Suzanne et les vieillards, réalisée en 1610


À 19 ans, alors que l'accès à l'enseignement des Beaux-Arts, exclusivement masculin, lui est interdit, son père lui donne un précepteur privé, le peintre Agostino Tassi. Un scandale marque alors sa vie. Artemisia est violée par Tassi employé à cette époque avec Orazio Gentileschi à la décoration à fresque des voûtes du Pavillon des Roses dans le Palais Pallavicini Rospigliosi de Rome.
Celui-ci promet d'abord de l'épouser pour sauver sa réputation, mais il ne tient pas sa promesse et le père d'Artemisia porte l'affaire devant le tribunal papal. L'instruction, qui dure sept mois, permet de découvrir que Tassi avait formé le projet d'assassiner son épouse, avait commis un inceste avec sa belle-sœur et avait voulu voler certaines peintures d'Orazio Gentileschi. Pendant le procès, Artemisia est soumise à un humiliant examen gynécologique et « soumise à la question » pour vérifier la véracité de ses accusations. Elle résistera à la torture et maintiendra ses accusations. Tassi est condamné à un an de prison et à l'exil des États pontificaux.


Témoignage d'Artemisia au procès, selon les chroniques de l'époque :

«  Il ferma la chambre à clef et après l'avoir fermée il me jeta sur le bord du lit en me frappant sur la poitrine avec une main, me mit un genou entre les cuisses pour que je ne puisse pas les serrer et me releva les vêtements, qu'il eut beaucoup de mal à m'enlever, me mit une main à la gorge et un mouchoir dans la bouche pour que je ne crie pas et il me lâcha les mains qu'il me tenait avant avec l'autre main, ayant d'abord mis les deux genoux entre mes jambes et appuyant son membre sur mon sexe il commença à pousser et le mit dedans, je lui griffai le visage et lui tirai les cheveux et avant qu'il le mette encore dedans je lui écrasai le membre en lui arrachant un morceau de chair. » Artemisia aurait été torturée pour empêcher de peindre des toiles considérées comme osées à l'époque ! On lui aurait écorché et ficelé au moyen de fils de fer les doigts d'une de ses mains ainsi que celle-ci pour nuire à son talent. »

La toile qui représente Judith décapitant Holopherne (1612-1613), impressionnante par la violence de la scène, a été interprétée selon les thèses psychologiques et psychanalytiques, comme un désir de revanche par rapport à la violence subie.




Un mois après la conclusion du procès, Orazio arrange pour Artemisia un mariage avec Pietro Antonio Stiattesi, modeste peintre florentin, qui aide Artemisia, violentée, abusée et dénigrée, à retrouver un statut honorable.


Le couple s'installe à Florence, où ils ont quatre enfants, dont seule la fille, Prudenzia, vécut suffisamment pour suivre sa mère lors de son retour à Rome puis à Naples.


À Florence, Artemisia connaît un succès flatteur. Elle est acceptée à l'Académie du dessin (elle est la première femme à jouir d'un tel privilège), montre qu'elle est capable de conquérir les faveurs et la protection de personnes influentes, à commencer par le Grand-duc Cosme II et plus particulièrement la Grande-duchesse Christine de Lorraine. Elle entretient de bonnes relations avec Galileo Galilei, avec qui elle reste en contact épistolaire bien après sa période florentine.


Elle travaille notamment au palais Buonarroti où le neveu du grand Michelangelo (Buonarroti le Jeune) occupe parmi ses amateurs une place d'une particulière importance : occupé à construire une demeure pour célébrer la mémoire de son illustre aïeul, il confie à Artemisia l'exécution d'une toile destinée à décorer le plafond de la salle des peintures.


La toile en question représente une Allégorie de l'Inclination (ou du Talent naturel), représentée sous forme d'une jeune femme nue tenant en main une boussole. Il est vraisemblable que l'avenant visage féminin a les traits d'Artemisia elle-même qui, comme en disent les informations mondaines de l'époque, est une femme d'un charme extraordinaire.



Il arrive souvent en effet, dans les toiles d'Artemisia, que l'apparence des plantureuses et énergiques héroïnes qu'on lui compare aient les traits du visage que l'on retrouve dans ses portraits ou auto-portraits : souvent le commanditaire de ses toiles désirait avoir une image rappelant visuellement l'auteur dont la réputation allait croissant. Son succès et la fascination qui émane de son personnage alimentent durant toute sa vie des allusions et des plaisanteries sur sa vie privée.




Appartiennent à la période florentine la Conversion de Madeleine et Judith et sa servante conservées à la Galerie Palatine du Palais Pitti, ainsi que son indéniable chef-d'œuvre, conservé à la Galerie des Offices, une seconde version, plus grande, de sa Judith décapitant Holopherne, où elle donne ses propres traits à sa Judith, attribuant à Holopherne ceux de Tassi.
Séparée de son mari, Artemisia s'installe à Rome comme une femme désormais indépendante, en mesure de prendre une maison et d'élever ses enfants.


En 1630 Artemisia se rend à Naples, estimant qu'il pourrait avoir, dans cette ville florissante de chantiers et de passionnés de beaux-arts, de nouvelles et plus enrichissantes possibilités de travail.

C'est à Naples que pour la première fois Artemisia est amenée à peindre des toiles pour une cathédrale, celles dédiées à la vie de San Gennaro à Pozzuoli.


En 1638, Artemisia rejoint son père à Londres où Orazio, devenu peintre de la cour de Charles Ier



 Le  musée Maillol rend hommage à l'une des plus importantes femmes peintres de l'histoire de l'art, Artemisia Gentileschi, dont on pourra découvrir les toiles à partir du 14 mars.

Mais je vous reparlerai bientôt du musée Maillol...