mercredi 27 avril 2016

Jérôme Bosch, 500e anniversaire de sa mort.

Jérôme Bosch (1450-1516), peintre néerlandais mondialement réputé à la Renaissance, est à l’honneur. Durant toute l’année 2016, pour commémorer le 500e anniversaire de sa mort, la ville de Bois-le-Duc ('s-Hertogenbosch en néerlandais) organise une immense manifestation culturelle.


Des sculptures représentant des personnages, détails de ses tableaux, parsèment la ville.


En 2016, Bois-le-Duc hébergera tout au long de l'année les événements visant à rendre hommage à la vie de Jérôme Bosch.

Le temps fort est évidemment l'exposition Bosch au Noordbrabants Museum.
Du 13 février au 8 mai 2016, on peut y admirer ses chefs-d'œuvre.
Cet événement constitue la plus grande rétrospective jamais organisée aux Pays-Bas, et ses tableaux du monde entier sont réunis à cette occasion.


Jérôme Bosch est connu pour son style unique d'images débridées sorties tout droit d'un rêve et parsemées d'illusions et d'hallucinations. Démons, demi-hommes et machines apparaissent dans plusieurs de ses peintures et dessins.

Le portement de croix (1515-16)

Le peintre est souvent décrit comme une source d'inspiration pour le surréalisme, un mouvement artistique qui a émergé au 20ème siècle, dont Salvador Dalí est l'un des représentants les plus importants. Le travail de Jérôme Bosch jouit encore de beaucoup de prestige dans le monde entier. Ses tableaux sont une réflexion approfondie et pourtant très inhabituelle de la vie au Moyen Âge.

Vision de l'au delà de Jérôme Bosch

Comme quoi, les personnes qui ont vécu l'expérience de mort imminente et du fameux  tunnel de lumière n'ont rien inventé!

 Saint Jean-Baptiste dans le désert (1504-05)


Le jardin des délices, ouvert (v. 1500). Huile sur bois, 220 × 195 cm (centre), 220 × 97 cm
 (chaque aile), Musée du Prado,Madrid. 

Voici l'œuvre la plus célèbre et la plus complexe de Jérôme Bosch. Le thème global est le même que celui du Triptyque du chariot de foin. Le panneau de gauche représente le paradis terrestre, celui du centre un jardin de plaisirs terrestres et celui de droite, l'enfer.


Le jardin des délices, fermé (v. 1500). Huile sur bois, 220 × 97 cm (chaque aile), Musée du Prado, Madrid. 

Il s’agit d’une grisaille (ombrages de gris et de brun) représentant un globe transparent. Des interprétations bibliques diverses ont été données (création du monde, déluge) ; elles importent peu. Il s’agit sans doute d’une allégorie de la terre et du ciel tels que pouvaient les imaginer les hommes imprégnés de religiosité de cette époque


Le jardin des délices, panneau central (v. 1500). Huile sur bois, 220 × 195 cm, Musée du Prado, Madrid. 

Voici précisément les délices terrestres de l’humanité. Conformément à la morale chrétienne, les délices présentent un danger, surtout lorsqu’il s’agit d’érotisme. Comme ces hommes et femmes sont nus, ils évoquent principalement ce que les chrétiens appelaient le péché de chair. Bref, le message global est celui de la « chute » et du « rachat ». La vie terrestre est dangereuse et peut mener à l’enfer (panneau de gauche) si l’homme « succombe au péché ».


Le jardin des délices, p. central, détail (v. 1500). 

Les détails montrent que l’érotisme (considéré comme un danger) est omniprésent. Le soin minutieux apporté à la réalisation apparaît dans la complexité des nuances et des effets.


Le jardin des délices, p. central, détail (v. 1500). 

Particulièrement surréaliste avec plus de quatre siècles d’avance.


Le jardin des délices, aile gauche, détail (v. 1500). 

Ces détails figurent la nature « innocente » d’avant la chute. Bosch utilise magistralement des nuances de gris, d’ocre, de rose et de blanc.

Le jardin des délices, aile droite (v. 1500). Huile sur bois, 220 × 97 cm, Musée du Prado, Madrid. 

L’enfer, tel qu’un artiste imaginatif pouvait se le représenter. Les spécialistes tentent de fournir une interprétation symbolique de certains détails, mais il ne s’agit que d’interprétations.


Le jardin des délices, aile droite, détail 1 (v. 1500). 

Ces détails mettent en évidence des êtres humains aux prises avec des créatures sorties de l’imagination du peintre ou des hantises de l’époque. Les humains sont effrayés, se contorsionnent, souffrent. Tout sauf la sérénité. Le monde intérieur de Bosch est dominé par la tentation et la culpabilité telles que définies par le christianisme.

 Triptyque de la tentation de Saint Antoine (1505-06). Huile sur bois, 131,5 × 119 cm (centre), 131,5 × 53 cm (chaque aile), Museu Nacional de Arte Antiga, Lisbonne. 

Ce triptyque peut donner lieu à des interprétations fines en rapport avec les croyances populaires et les préjugés religieux de l’époque. Le panneau de gauche représente Saint Antoine attaqué par des diables (en haut, dans le ciel) puis à nouveau Saint Antoine affaibli et soutenu par deux moines et un laïc (en bas). Au centre du panneau central, à genoux, en bleu, Saint Antoine prie en regardant le spectateur du tableau. Il est toujours au milieu des hommes et des dangers représentés par des créatures diverses sorties de l’imagination du peintre. Le panneau de droite montre un Saint Antoine retiré du monde et qui médite avec un livre pieux à la main. L’ensemble de l’œuvre baigne dans une atmosphère pessimiste où le mal (tel que définit par la religion) est omniprésent. L’inconscient de Bosch semble affleurer et il est très conflictuel.


Triptyque du jugement dernier, ouvert (1504-08). Technique mixte sur bois, 163 × 128 cm (centre), 167 × 60 cm (chaque aile),  Akademie der bildenden Künste, Vienne. 

Selon les mythologies juive, chrétienne et musulmane, il s’agit du jour au cours duquel la divinité, après avoir ressuscité les morts, va classer les humains en damnés et justes. Les uns et les autres auront ensuite un sort distinct. Ce thème naïf, très populaire au Moyen Âge, permettait au peintre d’exercer sa créativité par de multiples scènes plus ou moins apocalyptiques. Les humains, dans le bas monde, sont nus et de petite taille. Les anges et les apôtres appartiennent à la cour céleste et sont représentés sur des nuages. Au centre, le juge suprême. C’est le panneau central qui figure ici le jugement dernier. Le panneau de droite représente le paradis terrestre (le jardin d’Eden) et celui de gauche l’enfer.


Triptyque du Chariot de foin (v. 1500), Prado. Huile sur bois, 135 × 190 cm, Musée du Prado, Madrid. 

Triptyque allégorique sur le thème de la tentation du mal. Mythologie chrétienne. Panneau de gauche : le péché originel (paradis terrestre puis épisode du fruit défendu, puis Adam et Eve chassés du paradis terrestre). Panneau central : le chariot de foin symbolise la vie avec ses tentations et ses violences. Le style de Bosch se manifeste pleinement ici avec une multitude de petits personnages, parfois démoniaques, exprimant cupidité, luxure et violence, bref le péché selon les critères religieux. Panneau de droite : l'enfer et la damnation vus par Bosch.

Bois-le-Duc possède aussi une magnifique cathédrale gothique:  la cathédrale Saint-Jean dont les grandes orgues sont magnifiques avec des tuyaux ciselés et incrustés de dorures.



La ville est parcourue de canaux...


... et entourée de digues, d'écluses destinées à contenir l'eau et à inonder les prairies avoisinantes en cas de montée des eaux.




14 commentaires:

  1. avec Jérôme Bosch c'est l'époque aussi de la Tour de Babel mais j'aime bien son interprétation de cette vie terrestre où les humains sont craintifs de leur devenir après la mort!! il aimait le "grand guignol" des monstres!!s'il était né en 2016, il se serait régalé!! la cathédrale gothique flamboyant de Bois le Duc est magnifique!! Bravo
    pour l'hommage!!Bisous Fan

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    1. La tour de Babel est un tableau de Bruegel l'Ancien, un peu plus récent puisqu'il a été peint en 1563 mais fortement influencé par son prédécesseur.

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  2. Francesco Monteleonemercredi, 27 avril, 2016

    Chiristiane è veramente brava e questa presentazione è un gioiello.

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  3. Bonjour, brrr! tout cela me donne des frissons, bien étranges tableaux et sculptures qui font froid dans le dos, pas du tout mon style on dirait que c'est un esprit dérangé ou tout au moins très perturbé qui a réalisé cela!
    Je pense que si je réaliserait des tableaux pareils on me traiterait de folle!!Mais bon il en faut pour tous les goûts! bonne journée
    Bonne journée

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    1. Il faut toujours se remettre dans le contexte de l'époque pour juger une œuvre. Cette période était très dure, peu de liberté, la religion pèse sur l'atmosphère d’hérésie et de mysticisme. Le monde à la fois terrifiant et enchanteur de Jérôme Bosch révèle certaines angoisses et superstitions de son époque. Une multitude de symboles infernaux, mystiques, alchimiques y prolifèrent. Ce monde est dominé par l’Enfer, par Satan. Si les autres peintres représentaient l’homme comme il était extérieurement, Bosch, lui, avait l’audace de le dépeindre tel qu’il pouvait être intérieurement. Mais il le fit en laissant l’enchevêtrement du bien et du mal sur le plan de la poésie. Dans les scènes, on peut voir tout ce qui évoque les « anomalies », comme le sadisme, le sadomasochisme, la pédérastie, la sodomie, la bestialité, etc. Il trace un tableau des désirs refoulés et est considéré comme précurseur de la psychanalyse.
      Dans le jardin des délices, il a une vision de ce que le monde pourrait être, s'il n'avait été corrompu par le mal.C'est l'œuvre d'un moraliste chrétien, qui assène ses visions pessimistes avec sévérité.

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  4. Superbe reportage, Christiana : il fut dire que le sujet est envoûtant et la symbolique qui sourd de ces œuvres particulièrement foisonnante et intéressante. Raison pour laquelle, si tu me permets, je trouve fort "réductrice" ta phrase : "Cet aspect n’a plus d’intérêt que pour les historiens". Je ne prêche évidemment pas pour ma paroisse, mais que fais-tu de tous ceux, simples amateurs ou amateurs éclairés sans toutefois être historiens qui s'intéressent précisément à cet aspect de l'art flamand d'une époque bien définie ?

    Tout autre chose : si ces superbes clichés des toiles de Bosch illustrant ton reportage t'appartiennent, cela signifierait-il que l'on peut photographier dans ce Musée ?

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    1. Tu as raison, il y a sûrement des amateurs éclairés qui s'intéressent à cet aspect de la religion et des croyances de l'époque mais s'ils sont aussi pointus sur le sujet, alors j'ai tendance à leur octroyer le titre d'historiens même s'ils n'ont pas le diplôme. Quoi qu'il en soit, j'ai retiré la phrase. Quant aux photos des tableaux, non bien sûr, on ne peut pas photographier et c'est même impossible car les salles sont dans une semi-obscurité et , c'est le gros reproche de cette expo victime de son succès, il y a beaucoup de monde devant les œuvres. On attend son tour et puis on y reste évidemment longtemps car il y a tant à voir sur chaque peinture! Les photos viennent du PDF envoyé par le musée lors de la réservation des billets. Je n'ai pas mentionné la source mais ils invitent les visiteurs à partager sur les réseaux sociaux sans problème.

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  5. Bonjour Christiana,
    Je te remercie pour le "reportage" de cette manifestation culturelle qui me fait admirer des œuvres que je ne connaissais pas ou plus. Que de travail et de minutie en plus des messages envoyés par ce peintre hors norme !
    Tu as fort bien su en analyser la profondeur et aller au-delà du simple regard car quant à moi je suis une adepte d'une peinture tellement plus sobre et plus tournée vers la nature...
    Je me permets ici de dire que tes toiles m'enchantent par leur grâce... !
    Je t'embrasse.Merci et bonne journée.
    Annie



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    1. Tu es bien gentille Annie, mais citer mes toiles dans ce contexte me parait bien vain... je n'ose même pas y penser car devant ces merveilleux tableaux je me disais: Comment oser encore peindre après cela!

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  6. Merci pour ces précisions bienvenues, Christiana.
    J'ai beaucoup apprécié la justesse et l'intelligence de ta réponse à madame Cigalette.

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    1. Difficile de préciser des choses profondes à quelqu'un qui a une réaction épidermique mais on peut toujours essayer...

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  7. Bonjour Christiana.
    Ton billet est un très passionnant documentaire. Je ne sais pas si l'expression "jeu de piste" est appropriée mais c'est l'effet que je ressens devant les tableaux de Jérôme Bosch que je ne connais par des reproduction, en retrouvant les références dans l'histoire et le christianisme. Je ne suis pas un exégète de la Bible mais un lecteur un peu averti, cela donne des clefs pour apprécier.
    J'ajoute aussi que je ne suis pas indifférent au côté surréaliste bien que ce vocable soit un peu anachronique.
    Merci vraiment.
    Pierre

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    1. Lorsque je visite de telles expositions, je me félicite d'avoir eu des cours de religion dans mon enfance qui ouvrent incontestablement des portes que l'on ne peut comprendre qu'avec la bible. Le terme surréalisme est certes anachronique...mais pas tant que ça!

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